La Maison de Paul et Camille Claudel
Place Paul Claudel
02130 VILLENEUVE-SUR-FERE

09 65 25 52 07

Paul et Camille
Claudel

Né en 1868 à Villeneuve-sur-Fère
Décédé en 1955 à Paris

Biographie

PAUL (1868-1955) ET CAMILLE (1864-1943) CLAUDEL
DEUX ARTISTES DU TARDENOIS

Pour une biographie très détaillée de Paul et de Camille Claudel se reporter aux sites suivants : www.paul-claudel.net - www.camilleclaudel.asso.fr

« Le poète est celui qui parle à la place de tout ce qui se tait autour de lui. »
Paul Claudel (au sujet de Verlaine)

« Rarement le lien d'un artiste avec la terre dont il est issu aura trouvé meilleure illustration que dans le cas de cette sœur et de ce frère de génie qu'ont été Camille et Paul Claudel, pétris l'un comme l'autre dans la glaise lourde du Tardenois. »
Jacques Parsi, Origine d'une œuvre, mémoire d'un pays

 

Origines, enfance et adolescence, apprentissages, rencontres sont le lieu d'échanges constants entre le frère et la sœur, un dialogue où chacun, par la parole ou la glaise, interroge l'autre en même temps qu'il s'interroge sur soi. Jusqu'au moment où Paul Claudel part sillonner le monde comme diplomate, et où Camille va se fixer à Paris au risque de « se battre contre des chimères ».

LES ORIGINES : DE LA RÉALITE À L'IMAGINAIRE.

▪ La famille
Une double origine, lorraine et picarde. Interrogée sur ses origines, Camille privilégie son ascendance lorraine (côté paternel), Paul se sent plus proche de ses ancêtres picards (côté maternel).

▪ De la terre natale au pays mythique
Pour Paul aussi bien que pour Camille, terroir et famille sont intimement liés. Villeneuve et ses environs sont avant tout le lieu de l'enfance des enfants Claudel dans la maison construite par le grand-oncle curé, en face du presbytère où Paul est né le 6 août 1868 (Camille est née à Fère en Tardenois le 8 décembre 1864).

Villeneuve est lié la liberté des vacances, au temps des ébauches, des expéditions vers la Hottée du diable, lieu privilégié entre tous, fabuleux chaos de monstres où la petite fille découvre les sculptures étonnantes d'une nature créatrice. De ces hauteurs, Paul perçoit sa double vocation de poète et de voyageur, mue par un « désir de possession de l’univers ». En 1937, le poète reviendra sur l'origine de son œuvre : « Tel que je me le rappelle aujourd'hui, tout cet immense paysage découvert à mes yeux était plein d'une tragédie latente, celle que j'ai essayé de réaliser dans mes premiers balbutiements dramatiques de Tête d'or et de la Ville, plein de menaces, de présages, de méditations et de sanglots »(Mon pays, 1937).

« À Villeneuve, la beauté se respire, se voit, se sent, se touche. En grandissant, Paul s’approprie la langue destinée à l’exprimer. Son oreille enfantine se forme au français d’ici : « le vrai français, un français tout près de sa source, le parler tout frais de l’Ile-de-France ». On ne s’y exprime pas de façon académique » (Marie-Victoire Nantet, Camille et Paul Claudel, une enfance en Tardenois). Le dramaturge donnera parfois à ses personnages des noms de villages : ‘Violaine’, ‘Craon’, ‘Cœuvres’, ‘Ivors’, ou tirés du monde paysan : ‘Céréal’, ‘Rustique’, ou bien encore empruntés à des patronymes connus dans la région comme ‘Hury’, ‘Turelure’...

 

LES ANNÉES D'APPRENTISSAGE

▪ Légendes et lectures
Le bagage commun, familial et territorial, de Paul et de Camille Claudel va se développer, à partir de sources orales et écrites. Il y a d'abord les récits de Victoire Brunet : « Notre vieille bonne Victoire, qui, tout en gardant sa vache et nous ouvrant des noix fraîches avec sa faucille, dans un langage plein de mots locaux savoureux, nous racontait des histoires du vieux temps, les chroniques des familles et des haines locales, aussi amères et misérables que celles qui ont inspiré Dante et Saint-Simon. Tout cela s'inscrivait dans ma mémoire en traits profonds » (Mon pays, 1937).

Et, dans la «librairie» du grand-oncle, le curé de Villeneuve, les enfants lisent le Tour du monde d'Edouard Charton, les romans de Jules Verne et de Victor Hugo, l'Énéide, la Vie des saints d'Alban Butler…

▪ Formation
Plus tard, durant leurs années de formation, entre 1876 et 1879, à Nogent sur Seine où leur père avait été nommé, les enfants découvrent Aristophane, la Chanson de Roland, le Roman de Renart, « enfin des textes qu'on ne lit pas habituellement aux enfants et qui nous enthousiasmaient, ma sœur et moi » (Mémoires improvisés).

À Nogent encore, en 1879, le sculpteur Alfred Boucher fait la connaissance de Camille et se montre intéressé par les essais de la jeune fille. Il persuade le père, Louis-Prosper Claudel, de la solidité de cette vocation, d’où découle la nécessité d'aller s'établir à Paris. Le 26 avril 1881, L-P. Claudel installe sa famille à Paris. Paul entre en classe de Seconde au lycée Louis-le-Grand, où ses condisciples seront Camille Mauclair, Marcel Schwob, Romain Rolland... Camille, de son côté, entre dans l'atelier Colarossi.

▪ Brouillons et premières œuvres
« Je n'ai jamais cessé d'écrire ou de composer depuis mon enfance [...] mais depuis que j'ai eu quatorze ans, je me suis trouvé une vocation d'écrivain ou de poète » (Mémoires improvisés). Paul Claudel écrira chaque jour, de préférence le matin, jusqu'à la fin de sa vie. À propos d'une esquisse réalisée par Camille à douze ans, le critique MathiasMorhardt note: « Ces premiers essais attestent aussi bien du point de vue du mouvement qu'au point de vue du modèle une fougue indomptable ». Camille ne cessera de créer jusqu'en 1905, date à partir de laquelle elle reprendra des thèmes et des formes sur lesquels elle avait déjà travaillé.

 

LES RENCONTRES DÉCISIVES

▪ En 1883, Camille rencontre Rodin. C'est le début d'une liaison qui deviendra vite orageuse. Elle connaît aussi ses premiers succès.

▪ En 1886, Paul découvre les Illuminations et Une saison en enfer, d'Arthur Rimbaud, qui viennent de paraître dans la revue La Vogue. C'est le premier choc spirituel : « Je dois tout à Rimbaud ». Le deuxième, quelques mois plus tard, sera à Notre-Dame, la révélation de la foi.

 DEUX DESTINS, DEUX ŒUVRES

▪ En 1893, Paul a vingt-cinq ans, Camille en a vingt-neuf.
Nommé consul suppléant aux États-Unis, Paul débute, cette année-là, sa carrière « d’éternel voyageur ». Ses premières œuvres, l'Endormie (1885 ou 1886), Tête d'Or (1889), la Ville (1890), la Jeune Fille Violaine (1892) sont écrites. L'élan est donné.
Pour Camille aussi, l’élan est donné. Depuis 1883, la statuaire expose régulièrement ses œuvres au Salon des Artistes Français. 1893 est l'année de la Valse qui obtient un grand succès. Octave Mirbeau et Mathias Morhardt ne cesseront de la défendre. Suivent des années d'intense création, plus personnelle, à mesure qu'elle s'éloigne de Rodin. Mais Camille, isolée, et minée par la maladie va cesser de créer des œuvres nouvelles. 

▪ En 1895, Paul Claudel est nommé consul en Chine où il passera quinze ans. C'est une période d'intense production, notamment poétique avec Vers d'exil, Connaissance de l'Est, Cinq Grandes Odes…

▪ En 1905, Paul retrouve Camille à Villeneuve où il achève Partage de midi. Il se marie l'année suivante, et poursuivra sa carrière diplomatique jusqu'en 1935, comme consul de France en Chine, à Prague, Francfort, Hambourg, d’abord puis comme ambassadeur de France au Japon, aux Etats-Unis et à Bruxelles. Parallèlement il poursuit son œuvre littéraire avec L'Annonce faite à Marie, la Trilogie des Coûfontaine, le Soulier de satin.

▪ En 1913, Camille est internée à Ville-Evrard, puis, près d’Avignon, à l'hôpital de Montfavet où elle meurt en 1943, sans être jamais retournée à Villeneuve. « De Camille Claudel il n'y a plus de traces que celles portées par l'œuvre du grand sculpteur qu'elle a été et qui trouve sa place aujourd'hui dans notre patrimoine artistique. » (Anne Rivière, l'Interdite)

Jusqu'à sa mort à Paris en 1955, Paul Claudel ne fera plus que des séjours assez brefs à Villeneuve. Auteur d'une œuvre monumentale qui s'est épanouie dans le théâtre, il a rendu toute sa force à la parole et au souffle poétique.