L'Abbaye royale de Chaalis

60300 Fontaine-Chaalis

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Jean-Jacques
Rousseau

L´écrivain

 Le domaine de Chaalis vu par un vidéaste amateur  (Journées de la rose  2012)  

Des lumières et des ombres

Rousseau apparaît souvent comme un personnage aux multiples facettes, volontiers contradictoire, irritable, qui mord la main de celui qui le nourrit.


Plaintif ?

Mais il est vrai que la mère de Jean-Jacques Rousseau décède quelques jours après sa naissance et qu’il n’a que dix ans lorsque son père, contraint de quitter Genève, le met en pension. Mais oui,  toute sa vie est réellement minée par une santé fragile.


Sans éducation ?

Mais avec une indicible envie d’apprendre, l’autodidacte acharné devient musicien, précepteur, joueur d’échecs, secrétaire, physicien, avec un goût marqué pour la chimie, dramaturge, la philosophe, le romancier, la musicien et  botaniste.


Paranoïaque ?

Peut-être, mais les persécutions dont il fut la victime à partir de 1762 et les exils successifs auxquels il fut contraint sont pourtant indéniables.
Un pédagogue qui abandonne ses enfants ? Certes, mais ses cinq enfants  furent placés aux Enfants-Trouvés, mais comme l’étaient, à Paris à la même époque, plus de quatre enfants sur dix.


Un ennemi du progrès ?

Il propose de nombreuses théories sociales. On comprend dès lors pourquoi Rousseau est aujourd’hui encore l’Homme des Lumières sur qui se portent tous les soupçons.
 

Jean-Jacques Rousseau en son temps .C’est sous la Régence de Philippe, duc d’Orléans, (1715-1723) et le règne de Louis XV (1723-1775) que se déroule la vie du philosophe de Genève. Il fréquente successivement :
Le monde de la finance
Muni de quelques lettres de recommandation, Rousseau est introduit progressivement dans le milieu des Fermiers généraux, Helvétius, La Pouplinière, Épinay ou Dupin, chargés de collecter les impôts royaux. Tous fréquentent des courtisans proches du Roi, de ses ministres et de Madame de Pompadour que Rousseau côtoie par leur intermédiaire.
La noblesse
Il est également le protégé des Grands, ainsi le maréchal de Luxembourg qui le loge dans son nouveau château de Montmorency.
Les opposants à la politique royale. Le Prince et le Parlement
À la fin de sa vie, Rousseau se place sous la protection de Louis-François de Bourbon, prince de Conti qui, en 1762, l’avertit de l’imminence d’une prise de corps  après la publication de l’Émile. C’est également lui qui  protège et accueille le philosophe dans son son domaine de Trie-Château lorsque celui-ci revient de son exil anglais en 1776.

Rousseau et les femmes

Le misogyne aimé des femmes.

Nombreuses sont les femmes qu’il a aimées, à qui il aimait écrire, qu’il aurait voulu aimer, qu’il a créées, aux côtés de celles il aurait aimé vivre, qu’il a abandonnées ou rejetées. Les femmes  l’ont écouté et même admiré

Une éducation de gêne et de contrainte.

Dans Émile, Sophie, la compagne idéale, est assujettie toute sa vie à son époux et sa destinée est de travailler à son bonheur.
Pour Rousseau, il convient de réprimer la tendance naturelle de la femme qui la conduit à l’oisiveté et à l’indocilité. Mais, pour se défendre de ses nombreuses sujétions, celle-ci utilise la ruse également inhérente à son instinct. Son éducation est limitée : lire (mais pas trop), chiffrer, coudre, broder, dessiner, peindre, chanter et jouer du clavecin, vivre en plein air. Elle doit être attentive à sa réputation, mais faire preuve de coquetterie en prenant soin de sa parure et de son corps : culture physique, vie au plein-air, amples vêtements sont ainsi préconisés.

Et pourtant...

L’immense succès de La Nouvelle Héloïse vint par les femmes, plus profondément troublées par la fragilité de Julie que par un comportement dicté par la raison. Comme Rousseau en fait lui-même le constat, la passion de Bérénice l’emporte bien sur les certitudes de Titus !

Rousseau et ses cinq enfants placés aux Enfants-Trouvés.

Le pamphlet dévastateur : « C’est un homme ... qui, traîne avec lui [...] la malheureuse dont il fit mourir la mère, et dont il a exposé les enfants à la porte d’un hôpital en rejetant les soins qu’une personne charitable voulait avoir d’eux... » Voltaire, Le Sentiment des citoyens, 1764. Libelle anonyme.
L’aveu : « Oui, Madame, j’ai mis mes enfants aux Enfants-Trouvés ; j’ai chargé de leur entretien l’établissement fait pour cela. Si ma misère et mes maux m’ôtent le pouvoir de remplir un soin si cher, c’est un malheur dont il faut me plaindre, et non un crime à me reprocher... » Lettre de Rousseau à Madame de Francueil, Paris, le 20 avril 1751.
En réalité, les nobles comme les bourgeois se souciaient fort peu d’éducation. Leurs enfants étaient souvent livrés dès la naissance à des « mercenaires » : nourrices, précepteurs et professeurs de collèges. Quant à ceux qui naissaient des amours ancillaires, leur sort n’était guère enviable puisque la mère était le plus souvent renvoyée quand elle n’était pas victime de grandes violences. Protestant, J.-J. Rousseau n’a donc pu épouser que « civilement » Thérèse Le Vasseur, lingère de son état. En revanche, il est exact qu’il n’a pas participé à l’éducation de ses enfants, contrairement à  Diderot qui connaissait une situation matrimoniale identique et qui avait également épousé, lui aussi, une femme de très modeste condition.

L’éducation selon Rousseau

Une éducation particulière, celle d’un seul enfant, considéré comme un être à part et qui doit être éveillé par un précepteur. « Laissez mûrir l'enfance dans les enfants » ; une éducation qui respecte les étapes de la croissance et qui tient compte « du génie particulier de l'enfant, qu'il faut bien connaître pour savoir quel régime moral lui convient » ; une éducation par une expérimentation conçue de nature expérimentale par le précepteur, lequel qui doit toujours être capable de répondre à la cette question récurrente de l’élève : « À quoi cela est-il bon ? » Émile ou de l’Éducation, 1758-1760.
Une éducation publique et nationale, destinée à former des citoyens, « qui tous étant égaux par la constitution de l'État doivent être élevés ensemble et de la même manière », au plus faible prix. « Dans tous les Collèges, il faut établir un gymnase ou lieu d'exercices corporels, pour les enfants qui doivent jouer ensemble et en public pour favoriser l’émulation et la concurrence. C’est aussi par le jeu que l’on peut « émouvoir les cœurs pour faire aimer la patrie et ses lois. ». Considérations sur le gouvernement de Pologne, 1770-1771.

Rousseau et la musique

Enregistrement : Jean-Jacques Rousseau,  Tasso alla Venziana tiré des Consolations des misères de ma vie. CD Ensemble Alba.

« Il faut assurément que je sois né pour cet art, puisque j'ai commencé de l'aimer dès mon enfance, et qu'il est le seul que j'ai aimé constamment dans tous les temps. Ce qu'il y a d'étonnant est qu'un art pour lequel j'étais né m'ait néanmoins tant coûté de peine à apprendre.» Confessions, Livre V.
Jusqu’à son Discours sur les arts et les sciences, en 1750, seul le Rousseau musicien acquiert une célébrité relative. Il a une conception philosophique et pédagogique de la musique mais ne néglige pas pour autant la création. Défenseur de la musique italienne lors de la querelle des Bouffons, il s’engage prend aussi parti dans la défense de pour la mélodie contre au détriment de la symphonie.
Le Devin du village, joué devant le Roi, le 18 octobre 1752, à Fontainebleau, connut eut un succès considérable et certains airs furent repris par W.-A. Mozart ou J.-B. Cramer. Ils sont toujours connus bénéficient aujourd’hui encore d’une certaine notoriété aux États-Unis (Psaumes) et au Japon (Musunde.).
La méthode d’écriture chiffrée de Rousseau connut un succès identique et on la retrouve en France, au XIXe siècle dans la méthode Chevé-Galin-Paris et au XXe dans le Jianpu (méthode simplifiée) chinois.

Rousseau et la botanique

« J’ai toujours cru qu’on pouvait être un très grand botaniste sans connaître une seule plante par son nom. » Lettres élémentaires sur la botanique à Madame Delessert. Jean-Jacques Rousseau a longtemps repoussé l’étude de la botanique, n’y voyant que des travaux d’apothicaire. C’est seulement vers 1762, alors qu’il est en exil à Môtiers, en Suisse, qu’il connaît sa première « ferveur de botanique ». Elle se transforme vite en une passion qui ne le quittera plus. Sa quête recherche d’une classification à la fois pertinente et accessible le conduit à adopter le système de Carl von Linné (1707-1778). Il fut par la suite en relation avec les grands botanistes de son temps.
Il multiplie les excursions, seul ou avec d’autres, échange semences et plantes, se constitue une bibliothèque et confectionne de nombreux herbiers. Il « ramasse son foin », en Angleterre, à Trie-Château, dans la région parisienne et à Ermenonville. Son projet supposé de dictionnaire de botanique ne fut pas mené à son terme. Vers la fin de sa vie, il semble lui avoir préféré la composition d’une pasigraphie botanique (système d’écriture simplifiée à vocation universelle), employée à employer dans un ouvrage pédagogique facile à transporter. Mais Bernardin de Saint-Pierre écrit que Rousseau avait également abandonné ce projet.

La postérité de Rousseau

Une collection unique
Tandis que que le prince Victor Napoléon (1862-1926), dernier prétendant napoléonien alors en exil, accumule les souvenirs impériaux dans sa demeure bruxelloise bruxellois où il est exilé, Fernand de Girardin qui lui sert de rabatteur, poursuit pour sa part la quête des reliques rousseauistes., Cette passion le conduira à la ruine. En 1883, une exposition iconographique dédiée au philosophe est présentée au Pavillon de la Ville de Paris. C'est une réelle nouveauté. On ne connaissait connaît alors à l’époque qu’une seule tentative du même genre, et encore beaucoup plus restreinte : la petite exposition des portraits de Molière qui eut lieu sous le Second Empire, dans le foyer du Théâtre italien.
Esapce Rousseau de Chaalis : Une collection naturellement hétérogène
Elle regroupe des livres, des manuscrits et des objets d’art de toute nature, adaptés à la diversité sociale des fidèles, mais aussi les traces des différentes commémorations en l’honneur de J.-J. Rousseau qui se sont succédé jusqu’à nos jours.